Baromètre RH 2026 : l'optimisme face à la crainte de l'automatisation

Le quatorzième Baromètre suisse des ressources humaines, réalisé par l'Université de Lucerne et la Haute école de Lucerne, révèle que les salariés se sentent prêts à affronter la transformation numérique, mais s'inquiètent pour la sécurité de l'emploi et la dépendance technologique. Environ 1 600 salariés ont été interrogés sur ce sujet.

Les salariés suisses se sentent bien préparés à la transition numérique, mais s'inquiètent pour la sécurité de l'emploi. Photo : Unsplash.com

Avec le développement fulgurant des technologies numériques et de l’IA, le monde du travail évolue de plus en plus. Dans quelle mesure les salariés suisses se sentent-ils préparés à ces changements ? Comment les technologies numériques influencent-elles leur quotidien professionnel ? Et quels opportunités et risques entrevoient-ils pour leur avenir professionnel ? Le Baromètre RH suisse 2026 a examiné ces questions du point de vue des salariés. L’étude repose sur une enquête représentative menée entre mars et juin 2026 auprès de 1 597 salariés de Suisse alémanique, romande et italienne. Le Baromètre RH est publié régulièrement par l’Université de Lucerne en collaboration avec la Haute école de Lucerne. Il a été publié pour la première fois en 2006.

Les compétences, ressource essentielle de la transformation numérique

Les salariés suisses se sentent bien armés pour suivre le rythme de la transformation numérique. Selon leur propre évaluation, sept personnes interrogées sur dix disposent de compétences transférables bien développées. Il s’agit de compétences qu’ils peuvent mettre à profit dans différentes situations professionnelles, telles que la gestion de projet, la réflexion analytique ou les compétences numériques. 62 % d’entre eux développent même activement leurs compétences, tant dans le cadre de leur activité professionnelle qu’en dehors. La majorité d’entre eux se disent confiants quant à leur capacité à relever les défis futurs. « Ces auto-évaluations des salariés sont positives. Néanmoins, la confiance dans leurs propres compétences numériques a reculé par rapport aux chiffres de 2020 », déclare la coéditrice, le Dr Anja Feierabend, de la Haute école de Lucerne.

Les résultats montrent que les individus acquièrent des compétences pertinentes non seulement au sein des entreprises, mais aussi en dehors des contextes formels de formation et de travail. « Le soutien apporté par les employeurs au développement des compétences reste en deçà des attentes des salariés », explique Anja Feierabend. Les entreprises sont appelées à suivre le mouvement en proposant des offres adaptées au développement des compétences, par exemple des plateformes d’apprentissage ou des plans de développement individuels. « Le risque existe que les salariés peu qualifiés, en particulier, se retrouvent à la traîne. »

Entre élan d'innovation et dépendance numérique

Environ un tiers des salariés considèrent que les technologies numériques, telles que l'intelligence artificielle et l'automatisation, constituent avant tout un allègement de leur charge de travail, notamment parce qu'elles augmentent la productivité et favorisent l'émergence de nouvelles idées ainsi que des méthodes de travail innovantes. Parallèlement, de nouveaux défis apparaissent. Près de la moitié des salariés déclarent dépendre, dans leur travail quotidien, de systèmes numériques fiables, tels que les messageries électroniques ou les solutions cloud. Cela témoigne d’une forte dépendance vis-à-vis des technologies numériques dans le quotidien professionnel.

Optimistes pour eux-mêmes, sceptiques quant au marché du travail

Malgré l'évolution technologique fulgurante, la majorité des salariés envisagent leur avenir professionnel avec optimisme. Seuls 11 % craignent de perdre leur emploi à cause des nouvelles technologies ou de l'intelligence artificielle. En revanche, 23 % estiment probable que certaines de leurs tâches soient automatisées.

Fait marquant : les personnes interrogées perçoivent plus positivement l'impact sur leur situation personnelle que celui sur la société dans son ensemble. Ainsi, 36 % d'entre elles s'attendent à ce que l'automatisation puisse entraîner une hausse du chômage à l'avenir. Le professeur Bruno Staffelbach, de l’université de Lucerne, qui publie cette étude depuis 2006, en tire la conclusion suivante : « De nombreuses personnes interrogées sont donc convaincues que la transition numérique comporte moins de risques pour elles personnellement que pour l’ensemble des salariés en moyenne. »

La transformation numérique relève également du domaine du management et des ressources humaines

Bruno Staffelbach ajoute : « L'étude montre que la perception de la transformation numérique est fortement influencée par le contexte organisationnel. » Les salariés bénéficiant d’une grande marge de manœuvre, d’un encadrement bienveillant, de possibilités de participation et d’opportunités de développement des compétences ont davantage confiance en leurs capacités numériques – ce que l’on appelle l’auto-efficacité numérique – et manifestent moins de craintes face à l’automatisation.

À l'inverse, les salariés qui craignent l'automatisation ont également tendance à être plus stressés, insatisfaits de leur travail et moins engagés envers leurs employeurs. « Les entreprises peuvent faire face à ces risques en encourageant la formation continue, en rendant visibles les parcours de développement et en impliquant davantage les salariés dans les processus de changement », explique la coéditrice, le Dr Manuela Morf, de l’Université de Lucerne.

Les parcours professionnels alternatifs prennent de l'importance

Les analyses des tendances à long terme dressent globalement un tableau positif. La satisfaction au travail, la satisfaction professionnelle et l'engagement restent à un niveau élevé. Dans le même temps, la perception de la précarité de l'emploi s'accentue et l'évaluation de sa propre employabilité s'avère un peu plus prudente qu'en 2024.

Par ailleurs, certaines évolutions méritent d'être soulignées. La participation des salariés est en légère baisse, les évaluations régulières des performances ne vont toujours pas de soi et le nombre moyen de jours de formation continue a diminué. Parallèlement, les perspectives de carrière alternatives gagnent en importance. De plus en plus de salariés accordent moins d’importance aux objectifs de carrière classiques et privilégient plutôt un bon équilibre entre vie professionnelle, vie familiale et loisirs. Manuela Morf résume la situation ainsi : « Les entreprises doivent donc réfléchir de plus en plus à la manière de rendre attractives les possibilités d’évolution et la réussite professionnelle, même au-delà des étapes traditionnelles de la carrière. »

Source et informations complémentaires : www.hrbarometer.ch

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