Politique climatique des cantons : de bonnes conditions-cadres, mais un impact insuffisant
Le projet OK Klima a analysé la politique climatique de sept cantons suisses, qui représentent environ la moitié de la population. L'évaluation montre que, si des bases ont été jetées dans des domaines tels que la gouvernance, il subsiste encore d'importants écarts entre les ambitions et leur mise en œuvre en matière de consommation et de finances.

Le projet OK Klima a examiné en détail la politique climatique de sept cantons, qui représentent environ la moitié de la population suisse. L'évaluation montre clairement qu'il est nécessaire d'intensifier les efforts dans les domaines de la consommation et des finances, tandis que des bases ont été posées dans d'autres domaines. Il apparaît en outre que, dans certains cantons, il existe un écart entre le cadre réglementaire établi et la situation réelle sur le terrain. Au vu de ces résultats, OK Klima souligne qu’il est urgent d’accélérer la mise en œuvre et d’augmenter les moyens financiers afin de mettre enfin en place des mesures climatiques efficaces.
Alors que la politique climatique au niveau fédéral n'avance qu'à petits pas, les cantons disposent de nombreux leviers pour atteindre l'objectif de zéro émission nette d'ici 2035. Cet objectif est une condition préalable au respect de la limite de 1,5 °C fixée par l'Accord de Paris.
Le projet OK Klima, rendu possible notamment grâce au Fonds des pionniers Migros, a évalué le cadre politique climatique de sept cantons dans huit domaines : gouvernance, mobilité, énergie, bâtiments, écosystèmes, consommation, économie et finances.
De bons exemples, mais il reste encore beaucoup à faire
Le canton de Bâle-Ville constitue l'un des exemples positifs en Suisse alémanique, avec « BaselCircular », un partenariat public-privé visant à financer et à mettre en réseau les entreprises du secteur de l'économie circulaire, ainsi qu'avec sa propre stratégie climatique pour l'administration. Le canton de Lucerne fait figure de modèle en matière de suivi de sa stratégie climatique et fournit ainsi des informations transparentes à la population.
En Suisse romande, il convient de mentionner tout particulièrement le crédit d'investissement d'un milliard de francs destiné à la transition écologique de ses bâtiments publics, qui a été approuvé dans le canton de Genève. Le canton de Vaud, quant à lui, a récemment publié sa stratégie en faveur d’une restauration collective durable, qui couvre les cantines cantonales (écoles, prisons, hôpitaux, administration) et apporte un soutien aux communes.
Dans l'ensemble, la gouvernance est le domaine dans lequel les conditions-cadres sont le mieux notées. Cela montre que les cantons évalués ont élaboré des stratégies climatiques et mis en place un cadre pour la politique climatique, notamment en adoptant de nouvelles lois.
En revanche, la situation actuelle dans le domaine de la consommation est jugée « très mauvaise » dans tous les cantons étudiés, et les conditions-cadres reçoivent également une note insuffisante dans la majorité des cantons. Cela est d’autant plus préoccupant que 75 % des émissions suisses de gaz à effet de serre en 2023 ont été générées à l’étranger, principalement par la production de biens et de services importés. Même si les objectifs de réduction de la Confédération et des cantons ne portent que sur les émissions directes sur le territoire national, la lutte contre les émissions indirectes (ou « grises », liées à la consommation) reste indispensable pour obtenir un impact réel sur le climat.
Enfin, le secteur financier figure également parmi les domaines les moins bien notés. Or, les investissements dans les énergies fossiles, en particulier ceux des caisses de retraite, ont une forte incidence sur les émissions de gaz à effet de serre de la place financière suisse.
En résumé, on constate que, dans plusieurs cantons, il existe un décalage entre des conditions-cadres jugées suffisantes à bonnes et une situation actuelle jugée insuffisante : « Pour que les mesures de protection du climat soient efficaces et durables, les cantons doivent non seulement définir des conditions-cadres ambitieuses visant la neutralité carbone et la justice climatique, mais aussi concrétiser ces projets par la mise en œuvre de mesures concrètes et la mise à disposition des moyens nécessaires », explique Manuela Liem, responsable des évaluations en Suisse alémanique.
Un tremplin pour l'engagement local
Cette publication vient compléter les indicateurs déjà disponibles sur la plateforme Ok-Klima.ch concernant la politique climatique dans les cantons et les communes suisses par plus de 50 nouveaux indicateurs. Les services compétents des administrations cantonales ont eu la possibilité de formuler des commentaires afin de compléter les différentes questions. Des groupes locaux de la société civile ont également été consultés.
OK Klima vise à renforcer la transparence autour de la politique climatique locale et à soutenir les acteurs de la société civile dans leur engagement en faveur d'une protection efficace du climat. Les données collectées permettent d’identifier les domaines dans lesquels chaque canton doit agir et d’étayer les revendications en faveur de mesures plus ambitieuses. OK Klima accompagne les particuliers et les groupes dans cet engagement en leur proposant des pistes d’action et des conseils.
Source : Alliance climatique suisse
