Nouveau groupe de réflexion einstAIn : comment l'IA doit assurer la prospérité de la Suisse

En lançant le groupe de réflexion «einstAIn», Employés Suisse et Kuble réagissent à la transformation rapide du monde du travail par l'IA. Un premier rapport identifie huit défis centraux pour la Suisse et montre que l'intelligence artificielle n'est pas un tueur d'emplois, mais un renforçateur de la prospérité - à condition qu'elle soit conçue de manière stratégique.

steve-johnson-_0iV9LmPDn0-unsplash
Source : zvg

L'intelligence artificielle transforme le monde du travail plus rapidement que beaucoup ne peuvent réagir. Avec le groupe de réflexion «einstAIn» nouvellement initié, Employés Suisse et Kuble - House of Intelligence veulent organiser la transformation de l'IA en Suisse de manière active, équitable et porteuse d'avenir. La plateforme réunit les entreprises, les employés, la science et la politique et traduit les études globales et suisses en recommandations d'action claires.

Conditions générales du travail sous pression

«A première vue, il peut sembler inhabituel qu'une association d'employés fonde un think tank. Mais la dynamique de l'intelligence artificielle remet en question les modèles établis», explique Alexander Bélaz, président d'Employés Suisse. Jusqu'à présent, la règle était la suivante : si l'on travaille huit heures, on est payé huit heures. Mais avec l'IA, quelqu'un peut faire en deux heures ce qui lui prenait auparavant une journée entière. Si, à l'avenir, ce n'est plus le temps de travail qui compte, mais la valeur générée, nous devons, en tant que communauté, clarifier la manière dont les gains de productivité sont répartis, afin que les employés ne soient pas laissés sur le carreau.

Huit défis clés

Le groupe de réflexion condense les conclusions d'études internationales et suisses et en déduit des champs d'action concrets. Un premier Rapport identifie huit défis majeurs pour la Suisse. Il montre clairement que pour la Suisse, l'intelligence artificielle n'est pas une promesse d'avenir, mais une pierre de touche pour sa prospérité. Dans un pays à salaires élevés et à la population active en baisse, la compétitivité, les assurances sociales et les revenus ne peuvent être garantis que si la productivité augmente et que l'avance en matière d'innovation est défendue.

«La démographie signifie que l'offre de main-d'œuvre diminue, mais que les besoins demeurent. Nous devons utiliser l'IA comme une opportunité d'augmenter la productivité du travail - et ainsi d'assurer la prospérité de la Suisse», déclare Patrick Chuard, économiste en chef à l'Union patronale suisse.

Besoin d'une stratégie et de nouvelles compétences

Parallèlement, on constate un déséquilibre dangereux dans de nombreuses entreprises. Alors que les collaborateurs utilisent depuis longtemps l'IA de manière informelle et pragmatique, une stratégie et une responsabilité claires font défaut dans de nombreux postes de direction. Il est risqué de réduire l'IA à de simples outils utilisés de manière isolée. Si l'on ne repense pas les rôles et les processus, on se prive de productivité et on aggrave l'incertitude au lieu de créer de la valeur ajoutée.

«L'ère de l'IA exige de nouvelles méthodes de travail et de nouvelles compétences. Leur identification est cruciale - pour le développement personnel des collaborateurs, pour la gestion des compétences dans les entreprises et pour l'éducation, afin de préparer au mieux les travailleurs actuels et futurs», explique David Gisler, Talent Acquisition Lead chez Siemens.

Perte de valeur des professions et des qualifications

Pour les travailleurs, cette transformation implique un changement de paradigme fondamental : la sécurité de l'emploi est de plus en plus remplacée par l'employabilité. L'IA ne dévalorise pas d'un coup des professions entières, mais des tâches, des routines et des qualifications existantes. Sans de nouveaux profils de compétences et une «IA literacy» large et approfondie, le marché du travail risque de se diviser structurellement - entre ceux qui peuvent utiliser l'IA de manière productive et ceux dont le travail perd insidieusement de sa valeur.

«L'IA va modifier fondamentalement la création de valeur en Suisse. Pour que nous puissions organiser cette transformation de manière autodéterminée, nous avons besoin de capacités de recherche propres et de technologies ouvertes qui soient transparentes, conformes au droit et accessibles à tous», explique Imanol Schlag, AI Research Scientist au ETH AI Center.

Réponses politiques attendues

Sur le plan politique, l'attentisme n'est pas non plus une option. Un cadre réglementaire flou freine davantage l'innovation et les investissements que les limites technologiques, tandis que la dépendance vis-à-vis de quelques fournisseurs mondiaux ne cesse de croître. Si l'on n'organise pas activement la souveraineté numérique, la sécurité des données et la sécurité juridique, on risque de perdre la création de valeur et le pouvoir d'organisation.

«L'IA modifie rapidement notre environnement de travail et de vie. Il est donc d'autant plus important de disposer de règles claires et équitables qui créent la confiance sans freiner l'innovation. Grâce à une formation et à une sensibilisation ciblées, nous veillons à ce que l'IA serve la cohésion sociale et soit conçue de manière démocratique et légitime», explique Dominik Blunschy, conseiller national et conseiller Digital Business & Innovation chez ti&m. "L'IA est une technologie de pointe, mais elle ne peut pas être utilisée à des fins commerciales.

Une large communauté de conseillers

Le groupe de réflexion est soutenu par une communauté consultative interdisciplinaire qui réunit des employeurs, des travailleurs, des politiques et des scientifiques. Des perspectives différentes et des expériences parfois contradictoires font expressément partie du processus. L'échange entre la recherche actuelle et l'application pratique est essentiel pour développer des lignes directrices réalistes et socialement viables pour les changements induits par l'IA.

«Tous les acteurs de l'économie, de la politique, du travail et de la science sont cordialement invités à participer activement au dialogue et à assumer ensemble la responsabilité de l'avenir du travail. Avec un large dialogue, un échange de connaissances approfondi et une action courageuse, nous augmentons les chances de poursuivre l'histoire du succès de la Suisse à l'ère de l'intelligence», déclare Roger Oberholzer, partenaire et Academy-Lead chez Kuble - House of Intelligence.

La conclusion centrale du rapport est claire : l'intelligence artificielle n'est pas un tueur d'emplois, mais un renforçateur de prospérité - à condition qu'elle soit gérée de manière stratégique, largement qualifiée et réglementée de manière responsable. Ce n'est pas dans le code que se décide si l'IA sera une chance ou un fardeau pour la Suisse, mais dans les décisions des entreprises, de la politique et de la société - et ce dès maintenant.

Plus d'articles sur le sujet